10 janvier 2024
Comment comprendre la société roumaine en cinq minutes
Simplement : en lisant les lignes qui suivent.
Le 17 décembre 2023, je vous disais — et plusieurs publications nationales l’ont repris — qu’« il existe un système qui fonctionne vraiment au sein de l’État roumain, et c’est le Système, ou l’“État profond” comme l’appelle notre partenaire stratégique, ou, pour le nommer à l’ancienne, la Securitate ».
Et je vous disais que, sous les mandats d’Iohannis, le budget du service intérieur a quintuplé — plus exactement de 495 % — de 2015 à aujourd’hui, et qu’il augmente encore en 2024 de 25 % par rapport à 2023, atteignant 5,45 milliards de lei, soit 1,1 milliard d’euros.
Brièvement, je vous dis aujourd’hui que si le budget du service extérieur n’a crû en 2024 que de 1,75 % par rapport à 2023, il était déjà passé en 2023 de 600 millions de lei en 2022 — budget lui-même supérieur de 44,7 % à celui de 2021 — à 719 millions de lei, ce qui porte le budget de 2024 à 17,84 % de plus que celui de 2022. Au total, en neuf ans, sous les mandats de Klaus Werner Iohannis, le budget du service extérieur a lui aussi quintuplé ou presque — 482,5 % exactement — par rapport aux 225 millions de lei de 2015.
Le budget du service des télécommunications spéciales a lui aussi augmenté en 2024 de façon parfaitement normale pour une année électorale, atteignant près de 1,9 milliard de lei — le plus gros budget de l’histoire de cette institution, contre 246 millions en 2015, soit une multiplication par huit, ou 772,3 % exactement.
Ajoutons-nous le service de protection et de garde à la panoplie ? Soit. En 2024, son budget sera de 353,413 millions de lei — 30 % de moins qu’en 2023 (sans doute Iohannis n’a-t-il plus le temps, cette année, de visiter l’autre moitié du monde encore inexplorée), mais deux fois et demie plus — 267 % précisément — que les 132 millions de lei de 2015.
En conclusion : en 2024, la Roumanie dépense pour les hommes de la Securitate et leurs affaires un total de 8,422 milliards de lei, contre 1,994 milliard en 2015 — soit 4,222 fois plus — tandis que les recettes budgétaires passaient de 107 413 millions de lei en 2015 à 308 205 millions en 2024, une hausse de 2,86 fois seulement.
En un mot : les budgets des hommes de la Securitate ont crû presque deux fois plus vite qu’ils n’auraient dû croître au regard de l’augmentation des recettes budgétaires.
Et alors ?
Le 19 décembre 2023, le budget 2024 a été voté au Parlement.
Aucun parlementaire n’a déposé le moindre amendement sur les budgets des services.
Aucun parlementaire n’a prononcé le moindre mot depuis la tribune sur les budgets indécents des services secrets.
That’s a fact.
À 15 h 22, les groupes d’AUR ont quitté la séance plénière au motif que tous leurs amendements au budget de l’Éducation avaient été rejetés — annexe 3/25, sur laquelle ils n’ont pas voté non plus, étant tous massés au pupitre central avec des pancartes portant « 40 % pour les professeurs ». Pourtant, aucun parlementaire d’AUR, et aucun autre « indépendant », n’a dit le moindre petit mot ni déposé le moindre amendement sur les budgets indécents des hommes de la Securitate.
De fait, entre 15 h 58 et 15 h 59 — en deux minutes — quatre annexes ont été votées :
3/31, le service de renseignement intérieur (216 pour, 57 contre, 5 abstentions) ;
3/32, le service de renseignement extérieur (226 pour, 60 contre, 1 abstention) ;
3/33, le service de protection et de garde (227 pour, 60 contre, 4 abstentions) ;
3/34, le service des télécommunications spéciales (231 pour, 61 contre, 2 abstentions).
Sur chacune de ces annexes : pas un amendement, pas une intervention.
Silence — alors que j’avais personnellement averti la presse et les chefs des « partis d’opposition » dès le 17 décembre des hausses aberrantes des budgets des hommes de la Securitate. En vain.
Ce qui prouve une fois de plus ce que nous savions déjà : c’est pour cela qu’ils sont, et qu’ils resteront, au Parlement — pour se taire quand il le faut et exécuter les ordres des hommes de la Securitate quand ils les reçoivent.
C’est pourquoi tous ceux qui siègent là « méritent » d’être parlementaires du Securistan-Roumanie.
Et c’est pourquoi d’autres ne le sont pas, et ne le seront probablement jamais…
Parce qu’il est ainsi écrit « dans les étoiles » — et par les étoiles des forêts du Securistan roumain.
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