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24 octobre 2022

De la cupidité, de l’orgueil et de la fin du monde

Lorsque nous analysons la situation au plan local, national ou mondial, que ce soit du point de vue social, économique, politique ou, plus récemment, militaire, il est impossible de ne pas constater que nous sommes dans une impasse majeure. Or un blocage dans un système en mouvement, conçu pour être en mouvement, est synonyme de destruction de tout l’engrenage. Et c’est ce que nous sommes sur le point d’éprouver.

Certes, nous pourrions faire appel à de grands spécialistes de tout, faire des analyses complexes, pluridisciplinaires, sur des informations synthétiques, « macro », « multi », etc… la réalité est en fait effroyablement simple : la cause, c’est le « plus », c’est le « mieux ». La cause, c’est l’avidité — l’avidité matérielle — et son reflet et sa cause subtile : l’orgueil, la fierté, la superbe — l’avidité, l’insatiabilité de l’âme.

Le « plus », et le « encore plus », est la cause de tous les maux de notre monde.

Un exemple simple : que veut un milliardaire étendu au soleil sur son yacht de 80 millions ? C’est simple : il veut un yacht de 120 millions. Et devinez ce que veut le « chanceux » assis sur le yacht de 120 millions ? Aussi simple : un yacht de 160 millions. Et sur cette pente il n’y a pas de limite.

De même au plan géopolitique : quelqu’un « veut plus », veut aller « plus loin ». Ne vous fatiguez pas à « décrypter » à qui je fais allusion, vu le conflit à notre frontière. Le résultat de l’analyse est simple et vient de lui-même : tous veulent plus, tous veulent aller plus loin.

Et ce « plus » ne doit pas être cherché seulement *ex parte materiæ*, dans les choses matérielles, mais aussi dans celles de l’âme — car l’orgueil et la fierté sont eux aussi nourris par la « faim » du « plus » sur le plan psychique et affectif : plus d’estime et plus d’honneurs, plus d’amour même ; tout mène à la même hypertrophie de l’ego. Avec les mêmes résultats catastrophiques.

C’est naturel… voilà pourquoi nous sommes si près du désastre ! Car il est dans notre nature de produire le désastre. Nous sommes conçus pour aller vers le désastre.

Crises personnelles ? Crises économiques ? Crises climatiques ? Crises politiques ? Crises géopolitiques ?

Toutes ont un seul dénominateur commun : le « plus », le « mieux ». Simplifiez cette « équation » aux si nombreuses inconnues par la seule donnée connue — le « plus » — et tout se résoudrait de soi-même.

C’est probablement trop simple pour être possible.

Car c’est bien là que semble être la véritable utopie — ôter l’orgueil et l’insatiabilité de l’homme.

Ainsi avons-nous été, ainsi sommes-nous et ainsi serons-nous : créés à l’image de Dieu et vivant à la ressemblance de Satan, l’ange le plus proche et le plus beau de Dieu, tombé par orgueil et par volonté de « plus » : « Tu étais un chérubin protecteur, aux ailes déployées ; Je t’avais placé et tu étais sur la sainte montagne de Dieu ; Tu marchais au milieu des pierres étincelantes. Tu as été intègre dans tes voies, Depuis le jour où tu fus créé Jusqu’à celui où l’iniquité a été trouvée chez toi. Par la grandeur de ton commerce Tu as été rempli de violence, et tu as péché ; Je te précipite de la montagne de Dieu, Et je te fais disparaître, chérubin protecteur, Du milieu des pierres étincelantes. Ton cœur s’est élevé à cause de ta beauté, Tu as corrompu ta sagesse par ton éclat. (…) Tous ceux qui te connaissent parmi les peuples Sont dans la stupeur à cause de toi ; Tu es réduit au néant, tu ne seras plus à jamais ! » (Ézéchiel 28, 14-19)

La malédiction de Satan paraît être la malédiction de l’humanité tout entière : « Par la grandeur de ton commerce Tu as été rempli de violence, et tu as péché » et « Ton cœur s’est élevé à cause de ta beauté, Tu as corrompu ta sagesse par ton éclat. » Impeccablement dit.

Avons-nous encore besoin d’une analyse fondée sur des fadaises macroéconomiques ou géostratégiques ?

Tout est extrêmement simple. C’est pourquoi l’avenir est implacable : « Par la multitude de tes iniquités, Par l’injustice de ton commerce, Tu as profané tes sanctuaires ; Je fais sortir du milieu de toi un feu qui te dévore, Je te réduis en cendre sur la terre, Aux yeux de tous ceux qui te regardent. » Le même Ézéchiel 28, 18.

Ce texte, encore une fois peut-être trop long et trop lourd pour certains — pardon ! — ne se veut pas un écrit de caractère religieux. C’est plutôt une tentative de trouver une explication ontologique à la bêtise autodestructrice de notre espèce. Une tentative de trouver le « mal des maux » de notre espèce. Et je crois l’avoir trouvé. C’est le « plus ». Comble d’ironie, et c’est là le signe que nous n’avons pas d’échappatoire, le « plus » est le fondement du dogme moderne du progrès perpétuel de toute sorte — économique, scientifique, social ou culturel… un dogme qui a encouragé l’avidité et l’orgueil dans l’être humain et nous a menés ici… au seuil de l’accomplissement de notre destin.

Le texte pourrait s’étendre davantage. Je ne le ferai pas. Nous reviendrons sur ce thème. Pour l’heure je conclurai en disant seulement que l’unique solution pour l’être humain, voire pour l’espèce humaine, est le retour à une société fondée sur des valeurs traditionnelles, là où l’orgueil (la superbe, la fierté — appelez-le comme vous voudrez) est une imperfection, un manque, tenu pour un péché dans toutes les religions du monde, et qui dans le christianisme est même le premier des sept péchés capitaux.

Alors, voulez-vous changer le monde ?

Essayons de commencer par nous-mêmes… voyons si nous parvenons à nous défaire de la superbe, du besoin de « plus »… et nous mesurerons combien le « salut du monde » est encore possible, encore réalisable.

Et alors, probablement, vous mesurerez combien c’est difficile, voire impossible, et pourquoi nous sommes si près de la fin…

Pour votre méditation et à l’appui de vos pensées, je laisse encore ceci :

« Voici, j’en veux à toi, orgueilleux ! Dit le Seigneur, l’Éternel des armées ; Car ton jour est arrivé, Le temps de ton châtiment. » (Jérémie 50, 31)

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