13 mars 2022
« Moi, le juge, je me lève et plaide pour le droit de chacun à s’exprimer librement »
Ironie ou non, aujourd’hui, quand la représentante de « la mère de la démocratie » est venue « visiter les siens », les « représentants de l’État roumain » ont décidé que le moment était venu de supprimer le droit à la libre expression.
Non, ne pensez pas aux fausses nouvelles, établies par une bande d’ignorants : il s’agit de ne plus permettre la critique des « représentants de l’État roumain ».
C’est-à-dire que nous n’aurons plus le droit de dire à ceux que nous avons élus qu’ils sont vendus à d’autres, qu’ils promeuvent leurs parents, leurs protégés, leurs maîtresses et leurs amants, qu’ils sont incompétents — car, n’est-ce pas, « cela dérange, mon cher ! Cela dérange ! » — et d’être catalogués pro-russes pour l’avoir dit.
En 89, on est mort pour le droit de chacun de n’être pas d’accord avec moi ; mais il semble qu’on soit mort en vain.
Peut-être certains ne veulent-ils pas comprendre, mais ma Roumanie — et celle de tous ceux qui ne comptent pas — n’est pas une unité militaire où l’ordre s’exécute et ne se discute pas.
Dans ma Roumanie, moi aussi, le juge, je me lève et défends ce droit, à tout risque. Parce que j’ai juré de défendre les droits et libertés fondamentaux des citoyens. Sur la Bible. C’est-à-dire que j’ai fait alliance devant Dieu.
Oui, la dictature est au pouvoir.
Oui, nous cédons nos droits avec une telle facilité que, parfois, nous méritons peut-être ce qui nous arrive.
Oui, nous nous sommes tellement endurcis ces deux dernières années que rien ne nous intéresse plus que notre propre bulle.
Ceux qui sont morts en 89 nous ont laissé le droit de dire ce que nous pensons, le droit de rêver d’une Roumanie qui compte, le droit de nous battre jusqu’à la dernière goutte de sang pour le droit de chacun de n’être pas d’accord avec nous.
Et nous ? Que laissons-nous à nos enfants ?
La haine, l’égoïsme, des droits limités ou supprimés… c’est-à-dire une Roumanie subordonnée, appauvrie, abrutie. Autrement dit : rien.
Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Le chemin de leur dictature est pavé d’actes normatifs inconstitutionnels.
Arrêtez. Vous ne pouvez pas mettre le poing dans la bouche de tout le monde.
Nous sommes morts pour la liberté. Nous pouvons le refaire.
À bas la censure.
Via Mădălina Elena Dârdeci — une vraie juge, de la bonne espèce.
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