4 mai 2021
Sorin Roșca Stănescu sur la Loi de la souveraineté
« Le récent mouvement en France, initié par des réservistes mais aussi par des militaires d’active et fortement soutenu par le parti de madame Marine Le Pen, nous oblige non seulement à une réflexion, mais aussi à un débat des plus sérieux. Le souverainisme est-il un mouvement extrémiste ? Entièrement ? Partiellement ? Et si oui, à partir de quel point ?
Le globalisme est-il une tendance dangereuse pour les États et pour les citoyens de ces États ? Et, si oui, à partir d’où ? Je me sens obligé de répondre à ce défi. D’autant plus qu’un souverainisme autochtone se dessine. Qui s’oppose aux tendances globalistes, elles aussi de plus en plus accentuées en Roumanie.
Je le reconnais, le sujet est extrêmement difficile. Parce que nous l’abordons de l’intérieur de l’Union européenne. Au fond, qu’est-ce que l’Union européenne ? Une forme du globalisme. Fût-elle partielle. À vrai dire, l’Union européenne est, historiquement parlant, la dernière association d’États qui, au nom de la puissance collective, ont décidé de céder, dans une mesure plus ou moins grande, mais de céder tout de même, des attributs de la souveraineté. Dans cette perspective, c’est la première expérience significative de la mondialisation à l’échelle mondiale, après les échecs successifs de l’Empire macédonien, de l’Empire romain, du Troisième Reich et du camp édifié par Staline après la Seconde Guerre mondiale. En fait, c’est la première fois depuis la république des cités-États de la Grèce antique que, de leur plein gré, sans y être contraints par personne, des États s’associent pour créer peu à peu un État plus grand, avec des peuples des plus divers par l’origine, la tradition, le niveau culturel et de civilisation, le niveau économique, mais aussi avec des religions différentes. Et dans certaines situations même hostiles les uns aux autres. Eh bien, il faut poser la question, à laquelle nous sommes obligés de donner une réponse : dans quelle mesure, pour édifier et consolider cette construction européenne, les États sont-ils disposés à renoncer à leur souveraineté ? Et, dans cette perspective, voyons dans quelle mesure le souverainisme peut être taxé d’extrémisme.
Tenant compte des particularités de l’Union européenne, nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, que beaucoup des traits attribués dans d’autres États à la notion de patriotisme sont, dans l’Union européenne, souvent perçus et traités comme de l’extrémisme. Parce que, à partir d’un certain point, le patriotisme se transforme inévitablement en souverainisme. Et, à partir d’un certain point également, le souverainisme freine le globalisme, qui est à la base de la formation de l’Union européenne. C’est pourquoi, nullement par hasard, nous avons vu, entendu et lu ces dernières années des accusations de plus en plus fréquentes lancées contre des personnalités, des mouvements et des partis européens, à savoir qu’ils seraient extrémistes ou auraient des tendances extrémistes.
Il existe un équilibre extrêmement fragile entre le globalisme européen et le souverainisme européen. Le globalisme partiel, si l’on peut dire une telle chose, borné par les frontières de l’Union européenne, est indispensable au fonctionnement puis à l’osmose de ce conglomérat d’États. À son tour, le souverainisme, qui est une expression du patriotisme, d’un nationalisme sain, l’un et l’autre hautes valeurs morales, est parfaitement motivé et absolument nécessaire, s’il se manifeste dans certaines limites. Quelles sont ces limites ? Au sens générique, elles se circonscrivent à l’idée que, en collaboration avec les autres États européens, chacun manifeste la volonté, ait la capacité et ait la possibilité d’affirmer et de matérialiser son intérêt national. Plus crûment : au nom de l’intérêt collectif, au nom de valeurs de l’UE si souvent invoquées, il est inadmissible qu’en cédant de la souveraineté un peuple cède ses richesses nationales au profit d’un autre peuple ou d’autres peuples dominants au sein de cette association d’États. Et la richesse nationale est extrêmement diverse. Elle signifie, dans le cas de la Roumanie, des gisements de métaux précieux, des gisements d’hydrocarbures, des gisements de sel, des forêts, des terres arables, une main-d’œuvre, un marché, une culture, une langue, un art propre et ainsi de suite. Cette mini-planète mondialisée qui s’appelle l’Union européenne pourrait être d’autant plus riche que chaque État peut affirmer ces valeurs propres, et d’autant plus pauvre qu’une partie de ces États sacrifient sur l’autel de la mondialisation plus de souveraineté qu’il n’est nécessaire.
Dans la perspective esquissée plus haut, je perçois avec douleur et stupeur comment une série d’expressions ou de mots à forte charge émotionnelle sont de plus en plus intensément estropiés, pervertis et condamnés. Ainsi, le nationalisme est de plus en plus souvent taxé, dans l’Union européenne, d’extrémisme. Ou même de néofascisme. Le patriotisme est identifié par les néomarxistes à l’extrême droite. Les partis qui soutiennent le souverainisme subissent de plus en plus visiblement des tentatives d’élimination, par la mise hors la loi et l’exclusion du jeu démocratique.
J’essaie d’être aussi exact que possible, bien que l’espace de cette démarche éditoriale ne me permette pas de traiter cet immense sujet avec la précision d’un chirurgien. C’est pourquoi je vais offrir au lecteur une explication abrupte. Le parti le plus radical de l’histoire récente de la Roumanie, le Parti de la Grande Roumanie, dirigé par Corneliu Vadim Tudor, avait des tendances et des accents extrémistes, mais n’était pas un parti extrémiste. C’était un parti nationaliste qui, hélas, manifestait parfois, surtout à l’égard des Hongrois, des Roms et, dans la première période, des Juifs, des tendances racistes. Malgré cela, dans les grandes lignes, le Parti de la Grande Roumanie s’est maintenu dans les limites imposées par le jeu démocratique.
Les États faibles de l’Union européenne, ceux venus plus récemment et encore marqués par la longue période durant laquelle ils n’ont pu exercer la démocratie, mais seulement la dictature, sont souvent sur le point d’être perçus par les États puissants de l’UE, à l’économie consolidée, comme une proie. Comme des territoires et des populations tout juste bons à conquérir par une offensive pacifique, mais non moins perverse qu’une offensive militaire. C’est pourquoi, nullement par hasard, dans ces États — et je m’empresse de donner deux exemples, la Pologne et la Hongrie — se manifestent de plus en plus fortement des tendances souverainistes. Pour leurs peuples, ces tendances sont bénéfiques. Pour les nations dominantes au niveau de l’UE, ces tendances sont maléfiques. Et c’est pourquoi elles sont combattues. Et c’est pourquoi, dans ce creuset qu’est l’Union européenne, il n’y a pas seulement unité dans la diversité, mais aussi des batailles parfois impitoyables entre les tendances intégratrices et les valeurs souverainistes, perçues par certains comme désintégratrices.
Le sujet est de grande actualité pour la Roumanie. Car j’observe comment, de jour en jour, à partir de plusieurs partis et organisations de la société civile, commence à s’agglutiner un grand mouvement et peut-être une grande formation politique de type souverainiste. Le signal est donné par une initiative législative intitulée la Loi de souveraineté qui, après avoir été soumise au débat public, sera signée par les citoyens et posée, conformément à la Constitution, comme une initiative qui leur appartient, sur la table du Parlement. Ce sera une bonne occasion pour les globalistes de porter des accusations de nationalisme extrémiste contre ce mouvement, et pour ses adeptes d’accuser les néomarxistes qui dominent actuellement la politique de la Roumanie d’une forme de globalisme qui sacrifie ou même crucifie l’intérêt national. Dans la mesure où les uns et les autres se maintiendront dans les limites imposées par un dialogue, par une confrontation d’idées et de tendances, ce nouveau front idéologique se révélera constructif à moyen et à long terme. »
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