5 janvier 2020
Des exécutions extrajudiciaires
La décision unilatérale de quelqu’un — personne ou entité étatique — de prendre la vie d’un ou de plusieurs êtres humains, suivie du passage à l’acte, s’appelle un meurtre. Point.
Et oui, cela devrait être puni à l’issue d’un procès.
Peu importe qui est l’auteur, peu importe qui est la victime.
Peu importe le motif invoqué.
Peu importent les atrocités prétendument commises par la ou les personnes tuées.
Peu importe même si les personnes tuées avaient commis des crimes contre l’humanité ou violé systématiquement les droits de l’homme.
À une monstruosité on NE peut répondre par une autre monstruosité ! À la barbarie on ne peut répondre par la barbarie… à moins d’être barbare.
Dans un monde où l’on déclenche des guerres et des « révolutions » pour la défense des « droits de l’homme » et de la « démocratie », on ne peut plus tuer des hommes en violation des droits les plus fondamentaux, en violation du droit à un procès équitable.
Du moins pas ceux qui posent en défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie.
C’est la raison pour laquelle le monde civilisé a institué à partir de 2002 la Cour pénale internationale, dont le siège est à La Haye. Et l’on a donné à la Cour le droit et le pouvoir de juger et de punir les personnes physiques coupables d’infractions particulièrement graves, portant atteinte aux intérêts d’ensemble de la communauté internationale.
Un tribunal pénal international institué auparavant pour enquêter sur les crimes de guerre de l’ex-Yougoslavie a démontré qu’il peut rendre la justice, malgré la propagande et contre les intérêts des grandes puissances. Bien qu’il ait condamné plus de 90 personnes coupables de crimes de guerre, le Tribunal de l’ONU pour les crimes de guerre de La Haye a conclu que l’ancien dirigeant serbe Slobodan Milošević N’était PAS responsable des crimes de guerre commis en Bosnie. Et il l’a acquitté. À titre posthume — car il avait été emprisonné par les vainqueurs de la guerre de Yougoslavie. Jusqu’à la fin de sa vie.
Oui. La justice n’a pas de couleur politique.
Ou elle ne devrait pas en avoir !
C’est peut-être précisément la raison pour laquelle « le traité fondateur n’a été ni signé ni ratifié par quelques pays importants tels que les États-Unis, la Russie, la Chine, Israël et l’Irak. En fait, les États-Unis et Israël ont d’abord signé le traité, mais ont annoncé ensuite qu’ils retiraient leur signature. »
Peut-être que devant la Cour, Soleimani aurait été acquitté des accusations portées contre lui. Ou peut-être pas.
Nous ne le saurons jamais, car sa « condamnation à mort » a été prononcée par des Généraux et a déjà été exécutée.
Peut-être ces États qui n’ont pas signé le Traité de Rome instituant la Cour pénale internationale devraient-ils renoncer à l’hypocrisie et reconnaître que les seuls moteurs de leurs actions cyniques sont les intérêts. Intérêts locaux, globaux, mais seulement des intérêts ! Pas des principes. Pas des valeurs.
Ou bien, d’ici là, peut-être la Roumanie n’acceptera-t-elle plus de leçons de démocratie et/ou de droits de l’homme de la part d’États qui ont explicitement refusé le règne de la loi et des droits de l’homme au niveau mondial. Au moins ainsi, ceux qui seront condamnés en Roumanie à de lourdes années de prison (ou même tués) pour « terrorisme » ou « seulement » « corruption » auront le statut qu’ils méritent : celui de condamnés politiques.
Ce qui est clair, c’est que cela ne peut plus continuer ainsi !
Ou que le monde va mal, aussi mal qu’il va.
Ce qui est clair, c’est que le monde doit au moins renoncer à l’hypocrisie, s’il ne peut renoncer au cynisme !
PS : Je prie ceux qui ont applaudi le meurtre de Soleimani de ne plus parler des « droits de l’homme » ni des abus de la justice. Vous ne savez pas pourquoi ? Vous ne comprenez pas le lien entre les deux sujets ? Et êtes-vous sincères quand vous dites ce que vous dites ? Ce serait du temps perdu d’insister pour vous l’expliquer. Allez vous prosterner devant vos idoles. Mais, s’il vous plaît, cessez de mentionner la « justice indépendante » et les « droits de l’homme ».
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