22 février 2024
La fusion des scrutins et la féodalisation
Sur la « Fusion » des scrutins, sur l’ossification du système de pouvoir et sur la façon dont 45 % de la population de Roumanie a été rejetée dans la féodalité.
Vive l’État féodal du Securistan !
La fusion des élections — « une phrase par eux inventée, Pour que par sa puissance elle vous plie sous le joug » — pourrait être la paraphrase qui tente de résumer la gravité de la situation. Certes, la fusion a été commentée de toutes les manières ; seulement je n’ai pas encore vu d’analyse avec un recul assez large sur le désastre général que cette mesure entraînera. Essayons de la faire ensemble, en aussi peu de mots que possible.
Certes, la fusion est une mesure qui favorise d’abord les partis au pouvoir, la #CoalitionDeLaTrahison (comme je les appelle depuis des années), PSD-PNL, mais aussi tous les partis parlementaires. L’accès au Parlement a été interdit à ceux du dehors — depuis hier c’est clair ! Car en réalité la mesure de fusion est un « stop-jeu » pour tous les mouvements sociaux et les petits partis, plus ou moins « souverainistes » ; par cette mesure le parti AUR se trouve « bétonné » quelque part entre 20 % et 30 % et couronné « officiellement » comme l’unique représentant « reconnu et accepté » de « l’opposition » en Roumanie. Ce pourcentage paraît satisfaisant et accepté par toutes les parties assises à la table de jeu, par tous les côtés du jeu pouvoir-opposition déjà acceptés comme partie du système de pouvoir déjà ossifié de Roumanie.
Mais cette ossification du système de pouvoir n’est pas l’effet le plus grave de la fusion.
C’est la féodalisation de la Roumanie !
Une fois les élections européennes (scrutin à haute charge symbolique, mais d’une portée réduite dans le jeu réel du pouvoir à l’échelle européenne, portée à la mesure de l’importance du Parlement dans l’architecture de l’UE) fusionnées avec les élections locales, les petits hobereaux des villages et des communes ont acquis une importance dans le jeu du pouvoir non seulement au niveau national central, mais au niveau européen. Et cela accroîtra non seulement le pouvoir et l’influence qu’ils auront sur les décisions politiques au centre, mais aussi… l’impunité pour les comportements et les décisions discrétionnaires, voire abusives, des maires de Roumanie (seul celui qui n’a aucun lien avec le village roumain ne le comprend pas) !
Et voilà comment les petits hobereaux des villages sautent, à l’occasion de la fusion, au rang de baron ou de baronnet.
Quant aux présidents de conseils départementaux, qu’on appelle encore « barons locaux », véritables chefs des meutes de hobereaux des mairies des communes de la patrie, devenus eux-mêmes barons, ils ont, à l’occasion de la « fusion », monté en grade « nobiliaire » et en importance : ils sont devenus de véritables grands d’Espagne ! Les anciens barons locaux (injustement placés jadis à ce niveau d’entrée de la hiérarchie « nobiliaire ») sont passés directement au rang de comtes, voire de marquis ; ces quarante et un comtes et marquis sont les personnes qui détiennent le plus grand pouvoir politique en Roumanie après le Président — « Chef de l’État » — véritables Rois en fonction avec des mandats de dix ans…
Les Marquis Flutur de Suceava ou Bolojan de Bihor, ou les Comtes Borboly de Harghita, Tișe de Cluj ou Dumitrescu de Prahova (en fonction jusqu’à hier encore), tous ceux-là ont incomparablement plus de pouvoir que n’importe lequel des « parlementaires » ou « eurodéputés » du pays, les petits « boyards de conseil » n’ayant en pratique qu’un rôle décoratif et étant le plus souvent nommés et contrôlés par les Marquis et les Comtes des conseils départementaux, voire par les barons et les hobereaux des mairies — mais assurément par les Ducs du Système.
Vous souriez ? Les comparaisons vous semblent forcées ?
Elles ne devraient pas. Peut-être souririez-vous moins si l’on remplaçait les titres nobiliaires par des grades… comme l’a fait le Règlement organique, qui a assimilé la noblesse aux grades de l’armée et les a conférés automatiquement à tous les fonctionnaires de l’État… vous constaterez alors que nous sommes dans un véritable État militarisé… qui n’a besoin que du prétexte d’une guerre (oups… n’est-ce pas de cela que nos grands parlaient au Conseil suprême de défense, pas plus tard qu’hier ?).
Bien sûr, tout cela est une coïncidence !
Ce qui demeure certain, c’est que la pauvreté et le sous-développement du Roumain des villages et des faubourgs, le manque d’éducation et l’abrutissement programmé d’au moins 45 % de la population de Roumanie sont le résultat direct de cet état de fait. Toute cette pléiade de marquis, de comtes, de barons, de grofs et de hobereaux locaux tire son pouvoir et fonde toute sa force politique sur la population matériellement et intellectuellement pauvre — et le plus souvent terrorisée et soumise au chantage — des villages et des faubourgs roumains : le peuple, le servage vivant sur leurs fiefs. Le sous-développement intellectuel et matériel des paysans est l’unique moteur électoral de la « noblesse politique », voire l’unique moteur électoral de la Roumanie, moteur sur lequel s’appuie aussi le sommet apparent de l’establishment politique — parlementaires, gouvernants et présidents, décors grotesques d’un régime qui se dit démocratique.
Quelqu’un lève-t-il la tête dans un village de Roumanie, quelqu’un souffle-t-il un mot ? Il se retrouve sans aide sociale, ou sans subvention ; ou bien, s’il est entrepreneur, il est piétiné par des vagues de contrôles de toute sorte de la part de toutes les autorités centrales (dame, les services et les bons offices des barons et des comtes doivent être récompensés au plus haut niveau, d’autant que c’est ainsi seulement que se conserve le pouvoir, le statu quo social), vagues de contrôles de la part du système d’État contrôlé par… les Grands Ducs du Système, l’unique et véritable haute société de Roumanie.
Et c’est là qu’intervient le Système… celui qui est en tout et partout, celui qui soutient et maintient l’équilibre des pouvoirs, celui qui contrôle et punit ceux qui nous contrôlent et qui nous punissent (voyez le cas du Comte Dumitrescu de Prahova !).
Que quelqu’un ose encore, fût-ce du dehors du jeu, élever la voix quelque part… il finira sûrement dans les geôles du Système ! C’est une question de temps ; on trouvera des « motifs » ! Seulement, chez nous, la Bastille ne tombera pas !
Comment en sommes-nous venus à parler de hobereaux, de barons, de comtes et de marquis dans la Roumanie du XXIᵉ siècle ?
Eh bien, par la « fusion » ! Car la « fusion » ne signifie rien d’autre que la fusion des intérêts de la noblesse locale avec ceux de la petite bourgeoisie européenne, de ces petits acteurs qui, pour une prébende de quelque 20 000 euros par mois, mimeront la démocratie dans une institution de décor appelée Parlement — dont on sait qu’elle n’a pas de rôle législatif au niveau de l’UE et qu’elle sert seulement à faire avaler plus aisément les pilules amères envoyées du centre, de la capitale d’empire, par les suzerains et les souverains du Monde civilisé.
Cela signifie la fusion, dans la pauvreté, la sottise et la terreur, de la majorité de la population des villages et des faubourgs des villes (n’allez pas croire que nous n’ayons pas de hobereaux et de comtes dans les villes aussi !) ; cela signifie le gel dans un état de misère qui aura pour effet… le dépeuplement, la migration en masse de ceux qui n’acceptent pas leur rôle de serf sur les domaines politiques des uns et des autres. D’où la réduction de la population au segment des assistés… d’où encore plus de pouvoir (dans la misère et générateur de misère) pour nos dirigeants « nobles » et pour le Système qui les contrôle et les protège !
Et alors, dans cette équation, de quel « extrémisme » parlait le Premier ministre de Roumanie, ce grand *postelnic* de l’État féodal du Securistan, appelé parfois aussi Roumanie ? Qu’est-ce que cet « extrémisme » dont on parle « au plus haut niveau » (mesurez-vous où nous en sommes si c’est là le plus haut niveau en Roumanie ?!?) — qu’est-il, et contre qui lutte le Premier ministre Marcel Ciolacu, lui-même ancien petit hobereau de Buzău ?
Eh bien, « extrêmes » sont les idées ; « extrêmes » sont ces mots et ces constats, qui ne doivent pas être dits au Parlement ni, Dieu nous en garde, au Palais Victoria. Des mots qu’il faut étouffer et cacher… parce qu’ils sont en effet extrêmes… extrêmement vrais, douloureusement vrais !
Ces idées et ces mots doivent rester dans les souterrains de l’internet, lus à la hâte et jamais partagés ni publiés… parce que ce sont des idées dangereuses, extrémistes, subversives pour eux et pour le système de pouvoir féodal de Roumanie !
Vous avez lu jusqu’ici !?
Oubliez tout ce que je vous ai dit… et peut-être réussirez-vous à rester heureux et optimistes !
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